Thèse Grandir dans les Camps Enfants De Rapatriés en Nouvelle-Aquitaine Années 1950-Années 2000 H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- CDD
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Les missions du poste
Établissement : Université de Pau et des Pays de l'Adour École doctorale : Sciences Sociales et Humanités Laboratoire de recherche : Identités, Territoires, Expressions, Mobilités Direction de la thèse : LAURENT DORNEL ORCID 0000000346763946 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-07-05T23:59:59 Cette thèse porte sur les enfants de rapatriés d'Indochine et d'Algérie accueillis, entre le milieu des années 1950 et la fin des années 1980, dans trois camps de Nouvelle-Aquitaine : Bias et Sainte-Livrade-sur-Lot (Lot-et-Garonne) et le camp de la Rye au Vigeant (Vienne). Elle s'inscrit dans le programme de recherche ERIAC-NA (Enfances rapatriées : Indochine et Algérie dans les camps de Nouvelle-Aquitaine), financé par la Région Nouvelle-Aquitaine et porté par l'UPPA (laboratoire ITEM UR 3002), en partenariat avec MIGRINTER (Poitiers) et le CRIHAM (Poitiers/Limoges).
Ces camps, construits dans les années 1930 comme sites militaires, deviennent à partir de 1956 des dispositifs d'hébergement d'urgence pour les rapatriés d'Indochine, puis, à partir de 1962, pour les rapatriés d'Algérie, notamment des familles harkies. La thèse analyse ces espaces à la fois comme des « lieux de relégation » (Agier) administrés à distance par l'État et comme des milieux de socialisation, de scolarisation et de recomposition familiale, où se façonnent des trajectoires enfantines singulières.
L'originalité centrale du projet tient à la comparaison systématique, au sein d'un même espace régional, de deux populations issues de décolonisations distinctes : des familles rapatriées d'Indochine, souvent métisses, et des familles rapatriées d'Algérie, parmi lesquelles de nombreuses familles harkies. Cette comparaison permet de saisir simultanément des conditions d'accueil proches - relégation spatiale, scolarisation séparée, vie en camp - et des différences profondes dans les trajectoires sociales, les identifications, les rapports aux catégories administratives (« rapatrié », « harki », « Français musulman rapatrié ») et les mémoires produites.
La thèse suit trois axes : (1) les migrations des enfants dans le contexte postcolonial et leurs circulations entre l'ancienne colonie et la métropole ; (2) les trajectoires sociales et les perceptions différenciées selon l'âge, le genre, la couleur de peau et la religion ; (3) les transmissions culturelles, religieuses et mémorielles dans et hors des camps. Elle mobilise une méthodologie résolument interdisciplinaire : archives administratives et familiales, histoire orale, sources produites par les enfants eux-mêmes (dessins, cahiers scolaires, correspondances), et humanités numériques (cartographie narrative, archives audiovisuelles).
En donnant aux enfants une place centrale dans l'histoire postcoloniale française, ce travail comble un manque historiographique majeur et contribue directement aux enjeux régionaux de mémoire, d'égalité, de lutte contre les discriminations et d'éducation des jeunes publics.
La thèse s'inscrit dans le programme de recherche ERIAC-NA (Enfances rapatriées : Indochine et Algérie dans les camps de Nouvelle-Aquitaine), financé par la Région Nouvelle-Aquitaine dans le cadre de l'Appel à projets Recherche 2026. Ce programme est coordonné par Laurent Dornel (professeur des universités, UPPA, laboratoire ITEM UR 3002) et réunit les laboratoires ITEM, MIGRINTER (UMR 7301, Poitiers) et CRIHAM (Poitiers/Limoges).
ERIAC-NA explore un champ encore très peu étudié de l'histoire de la décolonisation : les enfances rapatriées. Il porte sur les enfants de rapatriés d'Indochine et d'Algérie accueillis dans trois camps de Nouvelle-Aquitaine : Bias, Sainte-Livrade-sur-Lot et Le Vigeant. Ces camps, initialement construits comme sites militaires dans les années 1930, deviennent à partir de 1956 des dispositifs d'hébergement d'urgence analysables comme des « lieux de relégation » (Agier, 2014), mais aussi comme des espaces de vie, de socialisation et de recomposition familiale.
L'originalité du programme repose sur la comparaison, au sein d'un même territoire régional, de deux populations issues de décolonisations distinctes - rapatriés d'Indochine (souvent métis) et rapatriés d'Algérie (dont de nombreuses familles harkies) - et sur la mobilisation de sources rarement au coeur des recherches (productions enfantines, archives familiales) articulées à des outils numériques (cartes narratives interactives, archives audiovisuelles). Le programme fédère également plusieurs partenaires mémoriels régionaux (RAHMI, ONAC-VG, Musée d'Aquitaine, archives départementales) et vise des retombées directes sur les plans éducatif, mémoriel et territorial.
La thèse poursuit quatre objectifs principaux :
1. Restituer les expériences enfantines dans les camps de rapatriés de Nouvelle-Aquitaine, en donnant une place centrale à des acteurs historiques longtemps invisibilisés.
2. Comparer les trajectoires des enfants issus des deux décolonisations (Indochine et Algérie) : conditions d'accueil, scolarisation, discriminations, identités, mobilités sociales après la sortie des camps.
3. Analyser les processus de transmission mémorielle entre les générations (parents/enfants/petits-enfants) et les formes de patrimonialisation des camps.
4. Contribuer, par la mobilisation de sources inédites et d'outils numériques innovants, au renouvellement méthodologique de l'histoire sociale de l'enfance en situation postcoloniale.
La thèse repose sur une méthodologie interdisciplinaire et innovante articulant cinq approches :
Archives administratives et institutionnelles. Dépouillement des archives locales et départementales (Lot-et-Garonne, Vienne) pour reconstituer le fonctionnement des camps et les dispositifs socio-éducatifs ; mobilisation des archives nationales (ministères des Affaires sociales, des Affaires étrangères, de la Défense) pour les décisions politiques concernant les rapatriés.
Histoire orale et enquêtes de terrain. Campagne d'entretiens approfondis auprès d'enfants de rapatriés d'Indochine, de harkis et d'autres rapatriés d'Algérie, ainsi que de leurs descendants. Approche participative associant les familles et les associations à la définition des thèmes et à la restitution des résultats.
Sources produites par les enfants et archives familiales. Analyse des dessins, cahiers scolaires, correspondances, journaux intimes, photographies et objets familiaux : ces matériaux, rarement exploités dans les recherches existantes, permettent d'accéder aux représentations enfantines du monde vécu dans et hors des camps.
Humanités numériques. Production de cartes narratives interactives (en lien avec MIGRINTER) restituant les trajectoires géographiques et sociales ; constitution d'une base de données d'archives audiovisuelles partagée avec les partenaires mémoriels.
Approche comparative et transversale. La comparaison systématique entre les trois sites et entre les deux populations (Indochine / Algérie) est le fil conducteur de la recherche, enrichie d'une attention aux variables de genre, d'âge, de couleur de peau et de religion
Le profil recherché
Un CV et une lettre de motivations seront envoyés. Le/la candidat.e devra réunir les qualifications académiques et les compétences scientifiques suivantes :
- Formation et niveau académique
Master 2 d'histoire contemporaine obtenu avec la mention Très Bien (condition requise). Le jury de sélection sera attentif à la qualité du mémoire de master, à la rigueur de l'argumentation et à la maîtrise des outils de la recherche historique.
- Connaissance du contexte historique
Le/la candidat.e devra démontrer une très bonne connaissance du contexte historique du projet :
guerres de décolonisation (Indochine, Algérie), politiques d'accueil des rapatriés en France, histoire des harkis et des Français d'Indochine, histoire sociale de l'enfance, études postcoloniales et études migratoires. Une familiarité avec l'historiographie française et internationale sur ces
questions sera appréciée.
- Expérience de recherche sur la thématique
Une expérience préalable de recherche sur la thématique des enfances rapatriées et/ou sur les camps de Nouvelle-Aquitaine (Bias, Sainte-Livrade-sur-Lot, Le Vigeant) constitue un atout majeur et sera valorisée dans la sélection. Un travail de master 1 ou de master 2 portant sur tout ou partie
de ces terrains sera considéré comme un critère déterminant.
- Pratique de l'histoire orale (souhaitée)
Une expérience des entretiens d'histoire orale est vivement souhaitée : conduite d'entretiens semidirectifs, maîtrise des protocoles éthiques (consentement éclairé, anonymisation), transcription et analyse de témoignages. La thèse reposant sur une vaste campagne d'entretiens auprès de témoins et de descendants, cette compétence sera considérée comme un avantage significatif.
- Qualités personnelles et professionnelles
Autonomie dans la conduite du travail de recherche ; puissance et régularité de travail, indispensables pour mener de front l'enquête archivistique, les entretiens de terrain et la rédaction ; grande disponibilité pour s'intégrer pleinement à la vie scientifique du laboratoire ITEM et aux activités du programme ERIAC-NA (séminaires, partenariats, actions de valorisation). Une
ouverture aux démarches interdisciplinaires et une aisance relationnelle pour le travail avec les
associations et les familles sont également attendues.
Éléments du dossier de candidature
CV détaillé ; lettre de motivation (2 pages maximum) ; mémoire(s) de master (M1 et/ou M2) ; relevés de notes de master ; deux lettres de recommandation de directeurs/directrices de recherche ou d'enseignant.e.s-chercheur.e.s. Les candidat.e.s retenu.e.s en présélection seront convoqué.e.s pour un entretien devant un jury.